Sans envie de rien

Je n’aurais pas pu choisir entre les phrases de l’un et les dessins de l’autre. Quel duo! Pas question ici de phylactères ou de décoration. Voici des bulles d’amertume ou d’espoir, de rêve ou d’habitude. Le jeu entre Jean-Louis Massot et Gérard Sendrey est tout de complicité, sans concession. Il emporte au plus haut de l’imaginaire. À partir des doubles et triples sens du premier, le second démultiplie les axes de perception. On y gagne en distance sur les mots et donc sur les choses de la vie.

Non, je n’aurais vraiment pas aimé écrire ou dessiner « l’épouse du mal de mer », j’ai tellement aimé la découvrir dans ces pages. Désormais, elle accompagne tous mes vagues à l’âme ou à lame.

Jean-Louis Massot poursuit son ouvrage de marqueterie : il insère dans le quotidien, l’ordinaire et le banal des petites phrases de nacre, des essences de mots précieux, des termes d’extraordinaire.

Sans envie de lire ? Cent envies de le relire !

Jean-Pierre Jacqmin

Fiche

Visuel
Année
2015
Édition
Cactus inébranlable éditions

Extrait

J’aurais aimé être un sentier dans la nature humaine.

J’aurais aimé ne pas être obligé de trop souvent devoir choisir entre le fromage et le dessert.

J’aurais aimé être un nom perdu sur le bout de la langue qui rode autour de la mémoire avant d’entrer par la porte de derrière.

J’aurais aimé être un cessez-le-feu interminable.

J’aurais tant aimé être la cerise sur le gâteau.

J’aurais aimé être un degré de plus dans la fantaisie.

Je n’aurais pas voulu être cette nostalgie qui oblige à trop regretter.

J’aurais aimé être le tic-tac d’un vieux réveil mécanique dans le silence d’une mine abandonnée où logent les squelettes d’un couple de chercheurs d’or.

J’aurais aimé être la vérité qui éclate au grand jour.

J’aurais aimé être l’instant précis.

Je n’aurais pas voulu être une mouette chaque fois qu’un pétrolier se brise en deux dans une tempête.

J’aurais aimé être le fond d’un trou de mémoire.