Irréversible

« Je me suis assis. Je crois que c’est ce qu’on voulait de moi. Une chaise était là. Exprès, évidemment. Une simple chaise, banale, en bois blanc, du genre chaise de cuisine comme on en trouvait jadis, une chaise bon marché. Je me suis assis, et j’ai attendu. Quelqu’un, quelque part, sans doute, me regardait, me surveillait. »

Qui est-il, cet homme enfermé dans une pièce inconnue ? Que fait-il en ce lieu ? Pourquoi est-il là, et depuis quand ? Qui sont les gens qui l’observent, et que lui veulent-ils ? Que va-t-il lui arriver ? Quelle est cette étrange fascination qu’il éprouve devant une petite tache sur le mur ?
autant de questions qu’il se pose, et que nous nous posons avec lui. Mais les questions ne reçoivent pas toujours de réponse…

Fiche

Visuel
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Année
2023
Édition
M.E.O.

Extrait

Je ne comprends rien à l’univers qui m’entoure et dont, selon toute apparence, je fais partie. Parfois je marche parmi des créatures vivantes qui me ressemblent plus ou moins, comme dans cette foule pressée. D’autres fois au contraire je me trouve immobile au centre d’un vaste espace au milieu d’êtres totalement différents de moi, c’est très élevé le plus souvent, brun, dur et rugueux jusqu’à quelques mètres du sol et cette partie-là de leur corps semble morte ou minérale, mais plus haut il y a comme des bras et des chevelures de couleur verte qui se balancent doucement et chantent des paroles mystérieuses. Le mot arbre jaillit en moi.
Ou bien je suis installé dans une sorte de tube qui glisse sous la terre avec de grands éclairs de lumière, parmi d’autres créatures assises tout comme moi, et d’autres encore qui se tiennent debout, certaines arrivent, s’en vont, cela ne s’arrête jamais. Rien ni personne ne semble choqué de se trouver là, rien ni personne non plus ne paraît insolite, déplacé. Des yeux se posent sur moi sans me voir. Aucun battement de paupières, aucun mouvement des lèvres ou du nez ne manifeste l’intérêt ou l’étonnement. Je me dis pourtant que j’ai dû surgir brusquement du néant et cela, a priori, aurait de quoi surprendre. Mais non. Rien. Sans doute est-ce ainsi que les choses fonctionnent.
Une fois, je me suis matérialisé sur un étrange engin qui bougeait de manière fort désagréable, au milieu d’un immense cercle liquide et mouvant. Ce jour-là, j’ai eu peur. J’ai souvent peur, presque toujours à vrai dire, même si en général je ne manifeste rien. Mais là… il me semble que j’ai crié. Mettez-vous à ma place. Tout autour de vous, des balancements gris et bleus, le mot vague m’est monté aux lèvres, oui, c’étaient des vagues, aussi vivantes que moi, mais innombrables et hostiles. Si c’est cela qu’on appelle « vivre », c’est totalement terrifiant.