Muses de Bela - Maxime Coton

Publié le  03.03.2015

Au départ, il y a l’envie de provoquer la rencontre. De voir comment les pratiques se répondent, ricochent, ou pas, font des grands écarts. Pendant l'édition 2015 de la Foire du Livre, nous invitions des auteurs dans un salon aménagé sur notre stand. On leur a dit: soyez la muse l’un(e) de l’autre. On leur a dit aussi: on aimerait que vous parliez de votre métier d’auteur. On a ajouté: si vous nous envoyez un portrait après, ça nous intéresse – mais si vous préférez partir sur la fiction, l’illustration, la poésie,… allez-y. On leur a dit enfin: vous avez 48h pour nous envoyer votre création après la rencontre. Et les voilà:

Samedi 28 février à 16h, Maxime Coton rencontrait Grégoire Polet. Voilà le texte de Maxime inspiré par Grégoire:

 

Grégoire fume. Grégoire écrit. Il écrit depuis qu’il fume et l’inverse est vrai bien que — par une translation magique — ce qui part en fumée d’un côté se dépose sur la page de l’autre. Dès l’adolescence, il y a une circulation qui s’instaure, là, entre le bras tendu du stylo et les poumons. Il faut expulser de soi le trop-plein du monde qui, par l’écriture, malgré Grégoire, y entre. Les années passent ainsi que les textes de Grégoire : il essaie, il crapote. Rien qui, à ses yeux, ne soit concluant. La voix n’est pas encore assez rauque de justesse et de vie. Poésie, puis théâtre, et nouvelles aussi : la panoplie des brouillons est large. Mais tout mène au roman : la foule, que Grégoire veut représenter mène au roman. Les flux, les passages, les entrecroisements quand il marche dans la rue, tout le mène au roman et parfois alors qu’il s’arrête pour réfléchir, il imagine dans sa tête les dix mille histoires simultanées qu’est la rue qui bouge autour de lui. Alors, il investit dans plusieurs cartouches de cigarettes Lucky Strike et, dans un bar, se jette dans le roman. Mais celui-ci ne vient pas compléter la pile des poèmes, nouvelles et autres pièces de théâtre qu’on brûle en famille l’été parce qu’il faut allumer le barbecue. Un jour — on ne sait pas lequel, on ne sait pas pourquoi — Grégoire franchit le cap, fait lire à d’autres son roman et la fumée des mégots se voit complétée par les feux de la rampe. Il publie, et pas n’importe où ! La cigarette est toujours là lorsqu’il a le trac en franchissant le seuil de la grande maison d’édition, illustre, peuplée qui l’accueille. Mais le monde change et le temps qui passe devient autre, comme Grégoire qui, à présent, est un écrivain reconnu. La législation en matière de cigarettes dans les lieux publics, elle aussi change. Et l’équilibre, chèrement acquis par Grégoire entre la fumée absorbée, le dépôt de l’encre et la juste formation des mots sur la page s’en voit contrarié. Comment continuer à écrire dans les lieux publics alors qu’on ne peut plus y fumer ? Ca, c’est une autre histoire : espérons que Grégoire nous la racontera.

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