La chute d'Icare et autres nouvelles (préface de Hugues Dayez).

suivi d'une pièce de théâtre "Dîner aux piments"

 «La chute d’Icare » et autres nouvelles suivies de

« Dîner aux piments » (pièce de théâtre en un acte)

    de VINCENT SARTI

 

PREFACE D 'HUGUES DAYEZ

Des nouvelles qui se suivent mais ne se ressemblent pas !

Parfois ironiques, parfois tendres, humoristiques ou mystérieuses.

Qu’il s’agisse d’un cadre d’entreprise désireux de se mettre en valeur auprès de sa direction générale, d’un vieillard convaincu qu’il a une étrange mission à accomplir, d’un passionné du cinéma des années soixante qui s’identifie à ses héros, d’un candidat qui se demande quelle est la fonction pour laquelle il est interviewé et pourquoi son interlocuteur reste si discret à ce sujet ou encore des souvenirs d’une petite fille de 10 ans lors de la remise des Césars de 1981, tous ces personnages vagabondent de l’ombre à la lumière en passant par les lueurs du crépuscule.

Un dîner entre « amis » au cours duquel le climat « bon ton » sera évincé par le jeu de la mascarade qui amènera chacun à user de son sens de la répartie, de sa sincérité, de son narcissisme ou de son indignation. Cette soirée, fera éclater des vérités dont personne ne sortira indemne. Ce dîner pimenté se devait, vu la priorité donnée aux dialogues, d’être rédigé pour le théâtre.

 

Extrait

         J’étais obnubilé par l’amas de chair parcheminée du nez de mon interlocuteur. Un tarin parsemé de petits vaisseaux rougeâtres, violacés et parfois bleutés : les colorations d’un arc- en- ciel qui ne promettait pas le retour du soleil. Cet appendice nasal semblait être le seul organe de son visage, car il camouflait partiellement ses lèvres et laissait avec peine deviner deux petits yeux ronds et inquisiteurs.

Cette particularité m’impressionnait au détriment de l’écoute attentive que j’aurais dû manifester à ses propos, mais hypnotisé par son nez,  je ne pouvais m’empêcher de fixer cet univers de petits canaux couperosés qui avaient  irrigués quantité de crus classés.

         Monsieur Hector, c’était le nom du propriétaire de ce remarquable pif, m’avait convoqué. Je devrais dire « fait convoquer », car son « invitation » avait été formulée par sa secrétaire sur un ton dénué de toute empathie et teinté d’une autorité qui ne laissait pas place à un éventuel refus de ma part.

        -   Monsieur Hector vous rencontrera demain à midi précis à  La cloche d’or. Vous connaissez, je suppose ! conclut-elle sur un ton qui n’était pas interrogatif, mais qui ne faisait que confirmer une évidence. Je répondis par l’affirmative afin d’écourter cette communication téléphonique comme me le conseillait tacitement le ton glacial et robotisé de mon interlocutrice.