Le caillou de l'histoire

Publié le  26.04.2013

Plage avant, portières de la voiture. Fond de sac à dos. Support de cheminée dans un appartement. Poches. Que sais-je encore de l'espace à remplir.
Cailloux. J'accumule des cailloux.
(Il y en a bien - et j'en connais - qui accumulent des os).
Pas des galets. Galets sont ronds, lisses, froids, m'intéressent pas.
Cailloux, oui. Gros, durs, fragiles, bizarres, petits, grain de sable, difformes, rares, plein de stries, de tâches, sales, rouges, verts, bleus, violets, jaunes, ocres, roses, brillants, avec des éclats, qui sonnent joliment, qui tombent avec un bruit mat, qui pèsent, qui cliquetiquent, qui s'accumulent, qui s'accumulent donc, qui me parlent et me racontent.
Ne sais pas leurs noms. Ne leur en ai pas donnés.
Ne sais plus vraiment d'où ils viennent.
Cailloux ramassés soupesés caressés au hasard d'arpentages territoriaux pourquoi faire ? Peut-être ça, ramasser des cailloux.

 

Histoires aussi. Paroles et histoires.
Histoires et paroles plein la caboche.
Paroles de feu, paroles de peau, paroles verticales, paroles lumière, paroles marécages, paroles de joie, paroles d'ailleurs, paroles tout de même. Histoires longues, histoires de vie,  histoires drôles, sales histoire, histoires livre, histoires sommaires, histoires désert. Paysages. Rencontres.
Histoires et parole. En attente.
Qui stagnent, qui dorment et se réveillent paresseusement ou comme une vieille douleur oubliée, s'entassent, se croisent et se mélangent.
Dans ce territoire aux limites floues et sans cesse changeantes.
Caboche.

 

Qu'en faire ?
La question n'est pas là. Pas encore. Trop tôt.
Histoires et paroles, toujours plus, toujours encore, prêtes à se dire, prêtes à s'échanger, à se partager, à se livrer d'elles-mêmes.
Tout de même.
Il faut aller les chercher.
Un peu.

 

Vas-y, va.
Là où ça frotte, là où ça gratte, là où ça joue, là où ça boîte, là où ça tangue, où ça casse, où ça plie, où c'est dangereux, où c'est malade, où ça espère, où c'est tangent, où ça tombe presque, où ça résiste, où ça s'écroule, où ça tient encore, où ça s'invente, quand même, là où une tectonique de l'humain en société se déroule.
Vas-y va.
Aller toujours aller là où je n'en reviendrai pas comme avant.
Mettre mon corps en jeu dans l'engrenage.
Et cailloux qui s'accumulent.
Trouver le caillou dans l'histoire, le mot caillou dans la parole.
Le laisser s'installer et couler en moi jusqu'à l'endroit où je ne suis plus sûr d'avoir été un homme.
Et écouter ces sons qui se produisent alors : voix et mots et histoires sans fin.

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