Le plus petit feu d'artifice jamais recensé

Publié le  17.07.2015

peut-être que je lis beaucoup trop. peut-être que je devrais écouter moins de disques. en tout cas, mettre un sérieux frein. à chaque demande, à chaque coin de rue, une question, une réaction, immédiate.
comme si je pouvais exprimer ce que je voulais secrètement exprimer depuis des années, mais je ne le savais pas, pas encore, jusqu’ici je n’avais ressenti aucune urgence, jusqu’ici.
d’un feu d’artifice. ce qui sauve, ce qui me sauve du doute, des questions, du ressentiment. des couleurs lancées dans le ciel. parfois il fait nuit, parfois, c’est encore la journée.
j’aime les invitations et les réponses qu’elles provoquent.
« la plus petite tempête de neige jamais recensée », nouvelle de richard brautigan dans le recueil « tokyo montana express ».

que ce soit court, que ce soit sans importance, qu’on s’en souvienne à peine. la joie du minuscule, du petit, du court.
ce qui est court n’étant pas nécessairement rapide.
devenir « le plus petit feu d’artifice jamais recensé ».
de longues minutes quand la mèche brûle. mais je vais beaucoup trop vite. d’abord bien mesurer l’ampleur. un château fort en pièces plastiques, un fantôme perdu. que ce soit versaille, la commémoration, de, tiens, de l’inutile. nous avons passé du temps dans un parking souterrain avec mèche, allumettes, feux de bengale, à tester la hauteur, le rythme, l’embrasement, la fumée, le silence.
un silence de réconfort.

et si nous commencions à fredonner « blue moon » ? une fête nationale à la table de la cuisine.
très lentement la mèche se consume, c’est l’introduction, le titre du chapitre. puis elle grimpe dans le vide, une première phrase, puis, elle s’introduit dans le château miniature, elle écrit une flambée, on pourrait croire à une scène d’horreur mais elle se grave dans le plastique. de longues phrases de description s’ensuivent, elles parlent du danger, du bruit, de l’odeur, quand des amants se séparent, quand ils se meurent. une trace dans la peau, à même la texture, quand tout fond, quand tout se confond.
et que ça éclate, le coeur de l’histoire, la place rêvée du dénouement, un salto dans le récit, on ne sait alors où retomber, quel vertige saisir, s’en sortira-t-on vivant ou moitié vif ?
quand le plus dur est passé, quand l’explosion est dissipée, reste la queue de l’histoire, cette histoire à transporter chez soi, et la terminer, se mettre à imaginer ses propres « plus petit(e) … jamais recensé(e) » (quelques-uns s’y sont collé, ils me l’ont dit), oh la belle bleue! oh!
je n’ai pas dit un mot mais le plus petit feu d’artifice jamais recensé sonne comme une bataille, comme une réussite d’échec, comme un claquement de langue.
comment dire, se dire, et se taire … associer la langueur au flamboiement, tenir la phrase, poser des respirations comme autant de virgules.
tous les jours, chaque jour, cet exercice d’écriture. jamais vraiment saisi, comme à même le sable, en partance.

 

photo : Delphine Navez

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