train

Publié le  11.07.2013

c'est arrivé une fois. le matin. je ne l'aimais plus.

alors que rien ne bouge

qu'on en était certains

rien ne peut être cassé

il y a eu ce seul matin là où je me suis réveillée et je ne l'aimais plus

et puis, toutes les actions se sont mises

la journée s'est mise

j'ai pris le train

lu un journal

vu quelques amis

le jour s'est levé complètement et je ne l'aimais plus

je suis allée la chercher à la gare

fin de journée

j'ai attendu dans cette gare

et quand je l'ai vue

en bas des escaliers, à l'heure, à me chercher des yeux

et me sourire

j'ai arrêté de ne plus l'aimer définitivement

et pour longtemps et pour souvent

pour absolument

ce n'est pas un dérapage

ce n'est pas quelque chose qui va et qui vient

c'est une constante

dans toutes les constantes mathématiques, physiques du monde, il y a celle-là

celle-là qui ne s'est plus jamais perdue

qui est restée comme une évidence que quelque part

au delà même des choses qui sont dites

qui sont irréparables

je n'ai plus jamais arrêté de l'aimer

il ne s'est plus jamais mis en moi de ne pas l'aimer

de ne pas être amoureuse

de ne pas vouloir de ça, goûter ça

je n'attendrai pas

ou peut-être un peu

j'attendrai 10 ans

c'est pas longtemps

j'attendrai chaque fois que je descends d'un train, dans un aéroport

de la retrouver dans le hall de la gare

comme cette toute première fois

comme cette fois quand je ne l'aimais plus

ce jour où je ne l'aimais plus

mais se regarder d'une certaine manière

permet aux souffles de se rejoindre sur des longues distances

un regard perce, quelqu'un regarde et c'est pas seulement voir, c'est regarder

ça ne rentre pas dans l'inspection

ça ne rentre pas dans quelque chose qui établit des lignes de valeurs

ou des listes avec les premiers de la liste

les derniers de la liste

savoir si c'est juste de s'endormir

tout le temps

il n'y a pas de dégoût, il n'y a pas d'envie

il n'y a pas de jalousie qui tienne

c'est le jour où je ne l'aimais plus

que j'ai su

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