Une ardeur, où ça ?

Publié le  10.08.2010

La province du Luxembourg est une vaste région, faite de bosses, de fosses, de rivières et de quelques habitations isolées. Un bel autoroute vous y emmène pour les week end ensoleillés ou pour franchir la frontière et descendre vers des cieux plus bleus, des herbes plus sèches. De petits chemins vous conduisent de villages en villages, de forêts en forêts.

 

Il y a tellement peu de bus en province du Luxembourg que les voitures peuvent circuler comme bon leur semble sans en être gênées. Il y a aussi tellement peu de voitures que les mobylettes ont leur mot à dire. Et il y a tellement peu de mobylettes que les vélos laissent aux mollets solides la possibilité de se développer harmonieusement (si l'on ne craint pas trop les dénivelés).

 

Il y si peu de travail qu'un tiers de ses habitants reste chez lui et n'a donc plus à se déplacer (ce qui représente un bon point pour la diminution du CO2). Ces gens comptent sur les quelques bus à heures scolaires pour les conduire là où se trouvent les magasins. Ce sera leur sortie du jour. Et, s'ils ratent le bus, ils iront à pied ce qui ne leur fera pas trop de tort et leur permettra d'admirer la beauté d'un paysage enseveli sous la neige.

 

Parfois, ils seront convoqués par l'Onem et ils se débrouilleront alors pour attraper le train qui les conduira une heure plus tard au lieu de rendez-vous. Ou alors, ils n'iront pas et ne seront bientôt plus dans la liste des statistiques des chômeurs et n'auront donc plus besoin de bus non plus. Pour le retour des courageux qui s'y seront rendus tout de même,  il y aura le temps de refaire plusieurs fois le même lèche-vitrine avant de reprendre le bus quelques heures plus tard.

 

A l'Onem, on leur aura conseillé d'acheter une voiture (vous savez, ce qui coûte si cher et qui pollue tant) pour être plus crédibles sur le marché de l'emploi, d'être plus flexibles, d'accepter d'aller s'engager plus loin. Que sont quatre heures de trajets aller-retour dans une journée bien remplie ? L'emploi, c'est connu, a peur du chômeur, il se cache toujours plus loin.

 

Enfin, de retour à la maison, ils retrouveront leurs enfants, rentrés de l'école grâce à la voiture du voisin (vous savez, ce chauffeur retraité que tout le monde connaît dans le village pour être au moins une fois monté dans son bus, et à qui il arrivait de faire demi-tour avec un enfant qui s'était trompé d'arrêt pour le déposer devant la porte de son école). Les petits arboreront fièrement un T-shirt « Opération Village-Propre » et, très emballés, ils raconteront à leurs parents qu'un gentil monsieur est venu à l'école pour leur expliquer le tri des déchets et la protection de l'environnement.

 

C'est alors que Le Dernier Bus Luxembougeois, la queue entre les jambes, passera devant leur maison sans faire un signe de peur de devoir leur dire lui-même qu'il ne passera plus demain.

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