Bavardage

Publié le  22.07.2010

De « La tragédie du roi Richard II », de Shakespeare, mis en scène par Jean-Baptiste Sastre, vu hier soir en cour d'honneur, en restant attentif d'un bout à l'autre, c'est-à-dire sans piquer du nez, entre 22h00 et 1h00 - il faut dire que les conditions climatiques étaient excellentes et que j'étais mieux placé que jamais : L50, excellent siège - de « La tragédie du roi Richard II » donc, avec Denis Podalydès dans le rôle titre, lui que j'ai tant et tant aimé dans les courts métrages de son frère du début des années 90 (voir les trois perles « Le dernier mouvement de l'été », « Vertige », « Voilà »), avec aussi Yvain Juillard dans une flopée de seconds rôles (Yvain résident à L'L lui aussi, bon acteur et bon camarade), de cette « Tragédie du roi Richard II », qui succède à « Papperlapapp » dans la cour d'honneur et suscite moins de boucan dans les gradins, sobrement scénographié mais avec goût (tiens, contrairement à Marthaler, ils ont choisi de virer les boîtes des moteurs de clim accrochées sous les fenêtres), très bien éclairé, très bien sonorisé par un procédé complexe et innovant (dont le principe de base est de réveiller tonitruamment les assoupis tous les quarts d'heures), de cette tragédie shakesperienne somme toute moyenne, qui malgré la force de l'argument (un roi s'auto-déchoit), ne possède ni le souffle épique des romaines, ni la profondeur métaphysique de la scandinave, ni la flamboyance baroque des italiennes, ni la fraîche ludicité des fantastiques, moyenne et sortie de l'oubli par Jean Vilar on ne sait trop pourquoi en 1947, de Richard II donc, je n'ai pas grand chose à écrire si ce n'est ceci : ce mode déclamatoire emphatique surgi d'un autre temps, qui coupe l'accès direct au propos sans créer de rapport dramaturgique signifiant particulier, ce ton ampoulé qui bride l'inventivité des acteurs et fait bailler les spectateurs, ne me semble pas avoir sa place dans un festival de théâtre contemporain d'envergure ; alors qu'un soin réel est porté à toute la périphérie (scéno, sons, lumières, donc), l'essentiel souffre par trop de paresse planquée sous le masque hypocrite de la déférence envers le texte. Soyons clair : j'écris « paresse » pour être poli, mais « démarche has been et réactionnaire » serait plus juste. Au secours !

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