(Dé)focaliser.

Publié le  15.12.2017

(Dé)focaliser.

Thé.
Table.
Chaise.
Ordinateur.
Casque audio.
Norrsken, Karin Borg
Word.
Document Word. 
Focaliser mon attention.
Pas facile de focaliser mon attention.
2017 ?
Je me demande si c’était pas déjà difficile de se concentrer « avant ».

Dans la Grèce Antique, quand tu étais un étranger, une femme ou un esclave (ou les trois) sur quoi se focaliser ? La beauté du paysage ? La chaleur d’un rayon de soleil sur ton visage ? Rester le plus invisible possible pour ne pas risquer ta pauvre vie ?

Au temps de la peste noire, quand 30 à 50% de la population disparaissait, sur quoi porter son attention ? Fuir, soigner ou se reproduire au plus vite ? Peut-être esquisser un croquis sur un support fragile et périssable, mais… l’esquisser quand même ?

Et en Bosnie, en 1995 :  assurer sa survie ? Cultiver l’espoir ? Ou, à l’inverse, trouver une échappatoire à l’insoutenable, dans un ultime geste d’irrévérence ? Comme cette femme, Meliha Varesanovic, photographiée par Tom Stoddart, défiant le siège de Sarajevo avec une élégance folle ?

Il en faut de la force tous les jours pour résister.  
À la peur, à la facilité de ne pas tout à fait dire ce qu’on pense ou de ne pas vraiment oser aller au bout d’une idée qui nous était pourtant venue avec élan.

Résister aux titres, raccourcis, résumés, citations, extraits, articles.
Oser lire ce livre qu’on ne comprend pas complètement.
Le lire quand même jusqu’au bout.
Se dire que « ça agit au-delà de soi ».
Le relire.
En parler avec d’autres qui l’auraient peut-être lu.
L’offrir à quelqu’un et dire : moi je n’ai pas tout compris, tu en penses quoi ?

Accepter la lenteur du processus d’une écriture qui voudrait pourtant traduire ce qui est ressenti, visualisé là maintenant. 

Das Neue, Sophie Hunger

Relire ces phrases écrites dans un dossier :   

« Je crois au temps incompressible de l’articulation d’une pensée nouée entre philosophie, politique, corps et art, qui se heurte aux impératifs de la vie quotidienne et intime. »

« Je crois en la nécessité pour chacun de définir le territoire de sa pensée du monde.
Je crois utile de savoir faire la différence entre un désir, une nécessité, une volonté, une addiction et un combat. »

Se dire que faire une action jusqu’au bout fait sens.
Dans l’absolu.
Même dans la discrétion de quelques gestes.
Parce qu’ils ne sont pas perdus. 
C’est ce que je me dis quand je regarde Meliha Varesanovic, photographiée à Sarajevo en 2012 par Tom Stoddart.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Once I was loved, Melody Gardot

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