Hors du monde

Publié le  30.09.2011

Lampedusa, vingt kilomètres carrés de terres arides perdues en méditerranée, aux côtes méridionales caressées par des eaux turquoises qui se donnent des airs de Maldives tandis que celles du septentrion offrent le spectacle dantesque de falaises vertigineuses. C'est une langue de roche poussiéreuse, martelée l'été par un soleil de plomb, égarée entre Malte et la Tunisie à cent dix miles nautiques[1]  du port Empédocle d'Agrigente ; l'île est rendue tristement célèbre depuis plusieurs années par les milliers de réfugiés qui y débarquent pour pénétrer en Europe (combien perdus à jamais, combien noyés en mer ? On parle de 1500 disparus…).
Il y a quelques jours, certains de ces migrants ont menacé de se faire sauter avec des bombonnes de gaz pour échapper à un rapatriement forcé. Puis, ils ont mit le feu au centre d'accueil qui hébergeait plus de mille d'entre eux ; il est aujourd'hui au deux tiers détruit.
Des centaines de réfugiés ont envahi la ville. Solidaires durant des années - ils ont été les premiers à partager nourriture, vêtements et couvertures lorsque le gouvernement ne prenait pas ses responsabilités - les Lampédusiens ont cette fois perdu toute retenue. La confrontation a été très violente. Exaspérés, ils jetaient des pierres sur les « Tunisini [2] » ou les chargeaient armés de bâtons et de barres de fer. La police est intervenue sans ménagement. Des centaines de sans feu ni lieu ont fuit, se perdant dans l'île, dans sa poussière, ses rochers, ses calanques… Puis les forces de l'ordre ont rassemblé les fuyards dans le stade municipal et sur l'un des môles du port.
Le maire s'est retranché dans son bureau avec une batte de base-ball…
Le Ministre de l'intérieur a piqué une colère : expulsons immédiatement ces délinquants !
Le lendemain, jour des festivités populaires les plus importantes de l'année, la procession de la sainte patronne de l'île, la Madonna di Porto Salvo, les pêcheurs l'ont portée sur leurs épaules, du sanctuaire qui l'héberge jusqu'à l'église, sous les cris de la population : « viva a Madonna di Portu Salvo [3]  ! » Les Lampédusiens se sont recueillis, ils ont prié, sans doute, pour que la mer demeure généreuse mais aussi pour que des jours meilleurs se profilent à l'horizon. Et pendant ce temps-là, et durant toute la nuit suivante, par mer et puis par air, l'armée rapatriait les « Tunisini » vers leur pays d'origine.

 

1: Plus ou moins 200km.
2: Les tunisiens.
3: Vive la Madonne de Porto Salvo.

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