Si je fais une raclette à Noël, c’est parce que...

Publié le  27.12.2013

Voilà donc que je mène une double vie. Me retrouvant, toujours et fidèlement par hasard, des deux côtés du miroir. À la fois réalisatrice et à la fois productrice. À la question « Que faites-vous comme métier, mademoiselle ?», je ne sais donc plus que répondre ! Car oui, me voilà détentrice d'un CDI ! De l'or en barre, comme dirait mon beau-père…
Mais voilà que sortent de ma bouche des phrases douteuses et dénuées de sens, bien que, certes, désuètes : « raaaah, les artistes, j'te jure ! ». Trahison profonde et impertinente envers mes semblables que je m'évertue à défendre et à aider chaque jour avec cette vague impression de « savoir ce que c'est ».
Telle une brebis égarée à l'heure de la traite, j'essaye de voir le bon côté des choses, suivant les conseils gracieux de mes « autres » semblables (bureaucrates et autres technocrates en tous genres) : 1) Avec tout l'argent que j'amasse, heu… que je gagne, j'assure l'université de mon fils ! Il pourra sûrement faire les études dont je rêve… heu, dont il rêve ! 2) Avec tout le temps que je passe derrière mon ordi, tout le monde m'excuse de ne pas avoir le temps de cuisiner pour Noël (oui, cette année, ça sera raclette, au Réveillon. J'entends déjà mon père râler : « et la biche, dans tout ça ? C'est quand même pas compliqué de faire une marinade, ma fifille ! On ne t'a rien appris, ou quoi ?» Il va d'ailleurs falloir que je prépare un argument convaincant pour plaider ma défense au moment venu où je brancherai la fameuse machine à raclette… Si quelqu'un a une idée…).
Mon père m'a dit l'autre jour : « ma fille, tu es presque pire que Van Rompuy depuis qu'il est président du Conseil européen... » - Depuis, j'ose encore moins lui parler de la raclette du Réveillon… - De 9 à 18h au bureau et le reste affairée à mes docus, je mène en quelque sorte une triple vie si l'on compte aussi celle de maman plus ou moins responsable. Je ne dois pas être loin de ce que l'on appelle une « Hyper Woman » ou, comme le disent si bien les magazines féminins en vogue « Une Mère Moderne » dans un monde de fou alliant boulot, famille et petits plaisirs. Cf aussi « Comment gérer les défis d'une femme moderne ? ». Avec cet agenda de ministre, j'essaye en effet de fourguer de manière totalement sarcastique des séances de footing au parc du Botanique, séances que je prends un plaisir innommable à annuler semaine après semaine, lorsque la fatigue se fait sentir. C'est-à-dire tous les jours. Et le vendredi soir, je m'effondre dans mon canapé… Ikea. Merde. (Ps. : penser à changer de canapé, maintenant que j'ai de l'argent…).
Je joue la femme d'affaire en journée (j'ai quand même fait des études de théâtre, que diable !) et quand vient le soir, je tombe le masque (ou bien je le remets, c'est selon, finalement) et je me plonge, pas tout à fait à corps perdu, je dois bien l'avouer, dans la création. Oui, j'ai une double, voire une triple personnalité. Combien de masques devons-nous porter pour satisfaire toutes les facettes de nos envies ? 
Et je dois vous dire que je suis heureuse de savoir que subsiste derrière, ou plutôt près de moi, l'ombre silencieuse de mon producteur à la petite voix sourde et profonde. De savoir que moi aussi je peux harceler de questions une personne qui a décidé de vouer son éminent savoir ainsi que ses bien trop courtes journées à l'interminable entreprise artistique que chacun lui confie, l'espace de quelques projets.

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