Tant qu’il y aura des Marches… - En direct de Cannes - Le billet du comité

Publié le  20.05.2016

Véronique Jadin est scénariste et réalisatrices de fictions et de documentaires. Elle est aussi metteuse en scène et a été élue au comité belge de la sacd en juin 2015. En tant que membre du comité, elle fait partie de la délégation belge à Cannes. Elle nous livre ici ses impressions, les coulisses du festival, les astuces et bons plans. En direct de Cannes pour Bela, voilà l'écho du Comité !

Tant qu’il y aura des Marches…

J’ai assisté au festival de Cannes pour la première fois.

Quelques infos technico-professionnello-pratiques: le festivalier doit être ouvert à tout, mais un peu de préparation s’impose : sur la même journée, pluie, vent, et soleil. Le festivalier doit donc s ‘équiper. Éternel dilemme pour les dames : talons vs baskets. Petit conseil : une paire de sandales légères en réserve dans son sac, ça sauve la mise… D’autant qu’il y a souvent 30 minutes de marche entre les logements et le palais des festivals…

Par ailleurs, il faut allonger les temps de déplacement : la foule est tellement dense, que la vitesse du festivalier est de 1km/heure, phénomène aggravé par les contrôles de sécurité cette année. Tout le monde court donc au ralenti, d’un rendez-vous à l’autre.

On ne rentre pas partout ni n’importe comment. Accréditations, cartons d’invitation, et des heures de queue, même pour les accrédités. Les classes sociales sont matérialisées comme ailleurs, de l’ultra VIP au fan venu apercevoir des stars.

Il y a vraiment moyen de rencontrer plein de gens, mais il s’agit de cibler qui et pourquoi.

À Cannes, il y a tout ce que je pensais y trouver: tapis rouge, stars et paillettes.

Mais j’y ai trouvé autre chose: l’émotion. Le back to basics du cinéphile qui sommeille (a priori) en chaque auteur. Scoop cannois: les salles sont pleines dès 8h du matin, les gens font la queue pendant des heures sous la pluie ou en plein cagnard. Les gens qui débattent pendant des heures après les projections.

La grande salle, celle des « marches » compte 2500 places. Ce n’est pas la meilleure, la visibilité est un peu raide. L’équipe du film s’y installe pour la projection, avec le public. Avant et après la projection, ils sont filmés en gros plan. Les films que j’ai vus ont débouché sur des standing ovation. Une caméra filme les visages des actrices-teurs et réalisateurs-trices en gros plan. Chaque fois, visages bouleversés et larmes. Ferveur du public. Je pensais que c’était blasé, Cannes, mais pas du tout.

Il n’y a pas de place sur les Marches pour tous les réalisateurs, mais les Marches restent l’étendard du cinéma d’auteur. Le champagne et les yachts sont là aussi, mais ce cyclone tourne autour de films iraniens, coréens, des petits budgets, de films qui dénoncent l’exclusion sociale et les injustices. Ironie de voir les gens en smoking et robe de soirée applaudir à tout va des films qui dénoncent l’exclusion sociale, la richesse des riches et la pauvreté des pauvres.

Émouvante ferveur cinéphile cependant, dont il faudra se souvenir chez soi, devant son ordinateur, au moment d’écrire.

Tant qu’il y aura des Marches…

 

photos: Véronique Jadin

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