Interview culte de Nicola Testa

Publié le  19.11.2020

Le 4 octobre 2020, lors des Nuits Bota, le chanteur, auteur et compositeur Nicola Testa inaugure une formule inédite de concert baptisée "1 to 1". Comme une réponse à l’interdit ambiant, il propose une mini-session piano solo d'une dizaine de minutes, et ce pour un seul spectateur à la fois. 

À l'occasion du lancement de ces performances en "tête à tête", il répond aux 10 questions de l'interview culte de Bela. On y découvre notamment sa passion pour Tori Amos, son admiration pour Monet, son amour pour la websérie La Théorie du Y, et ses autres coups de foudre du moment. De ses chansons à sa pièce de théâtre préférées, plongez dans l'univers culturel de ce grand artiste.

photo de Nicola Testa assis accoudé à une table
© Athos Burez

Quel est le concert qui a changé votre vie ?

Le show de Kate Bush à Londres en 2014. Elle n’avait quasi pas fait de concert en plus 30 ans de carrière et elle donnait une vingtaine de dates dans un théâtre. Le spectacle durait 3h et mêlait musique, théâtre, vidéo… Si c’est un de mes concerts, je dirais mon dernier projet « 1 to 1 ». Jouer pour 1 ou 2 personnes pendant plusieurs heures restera une expérience très forte dans mon parcours.

Quel.elle est le.la chanteur.euse qui vous a marqué ?

Klaus Nomi. J’étais adolescent et très impressionné par le personnage. J’étais fasciné par la voix, la mise en scène, les costumes, la liberté qu’il y avait dans ses créations. Il y avait quelque chose de tragique et de fragile. Et puis Mylène Farmer, Kate Bush, Bowie… Des artistes jouant sur le genre, l’identité et la perception.

Quel groupe de musique vous a donné envie de vous produire vous-même sur scène ?

Tori Amos. Je me souviens d’un concert où j’étais tout au fond de la salle. Elle était seule pendant 2h au piano. Chaque mot, chaque note arrivait jusqu’à moi. Arriver à dire à la personne tout au bout de la salle que vous êtes là pour elle, c’est magnifique. J’y pense souvent quand je suis sur scène. C’est aussi ce qui a motivé mon dernier projet « 1 to 1 ». Je voulais pouvoir rencontrer les gens à travers la musique de manière plus intense.

Quel est l’album à offrir à votre meilleur.e ami.e ? Et à votre pire ennemi.e ?

Le mien peut-être ? haha Mais je crois que mes ami.es l’achèteraient et que mon pire ennemi.e ne l’écouterait pas. En tout cas c’est sûr que mes ami.es l’aimeront certainement et que mon ennemi le détestera donc ça me semble faire l’affaire.

Quelle chanson rêveriez-vous d’écrire ?

Toutes les chansons de Mama Cass Elliot, « Everywhere et Dreams » de Fleetwood Mac, « Lovesong » de The Cure, « Into You » de Ariana Grande, juste pour les paroles : « A little less conversation and a little more touch my body ». Il y aussi la dernière chanson de mon ami Fabrice et son groupe Fabiola qui sort ce vendredi 13 novembre 2020. Je ne l’ai jamais entendue mais je rêverais de l’écrire ! :-)

Quel est votre livre préféré ?

Châteaux de la Colère d’Alessandro Baricco. C’est un livre choral, rempli de personnages étranges et touchants en recherche de sens. Baricco est également musicologue et toute son écriture est rythmée comme de la musique. Il y a comme un vertige quand on le lit, une sensation d’infini. Il y a un extrait qui le résume très bien : « Des choses arrivent, qui sont comme des questions. Une minute se passe, ou bien des années, puis la vie répond. »

Quel est le film que vous avez déjà regardé au moins 3 fois ?

The Rocky Horror Picture Show de J. Sharman et R. O’Brien, je l’ai vu 100 fois et le regarde encore. C’est un opéra-rock sorti en 1975 et devenu culte depuis. Le film est un hommage aux films d’horreur et séries B. C’est l’histoire d’un couple de jeunes bourgeois américains qui se retrouve dans le château d’un savant fou travesti. Subversif et décalé, c’est à nouveau une quête d’identité, de sens, d’appartenance. Je pense que vous en avez assez pour savoir que c’est un film incroyable.

Quelle est votre pièce de théâtre favorite ?

La Voix Humaine de Jean Cocteau. J’ai vu récemment la splendide mise en scène du Belge Salvatore Calcagno avec Sophia Leboutte. C’est une pièce courte sous forme de monologue. Une femme est au téléphone avec son amant… Elle doit rompre mais n’y arrive pas. C’est un texte lyrique sur l’intimité, le désir, la peur, la solitude. Il est rempli de silences, d’hésitations, comme de la musique, passant de la douceur au désespoir, de la tendresse à la colère.

Quelle série recommanderiez-vous de voir en ce moment ?

La Théorie du Y de Caroline Taillet et Martin Landmeters, une websérie belge produite par la RTBF sur le thème de la bisexualité. C’est une série pleine de fraîcheur et qui a le mérite d’aborder un thème qu’on a peu l’occasion de voir dans les fictions. J’ai également participé à la musique de la série.

Quelle est votre œuvre d’art culte ?

Le tableau « Les Nymphéas » de Claude Monet exposé au Chichu Art Museum de Naoshima au Japon. Une des plus belles choses que j’ai vues dans ma vie. On entre dans une pièce blanche, déchaussé, le silence est requis et les téléphones au vestiaire. On se retrouve face à ces œuvres, peintes par Monet alors qu’il est quasiment aveugle, le tout baignant dans la lumière du jour qui change en permanence. J’en ai encore la rétine imprimée et les larmes aux yeux.