Alok Nandi partage son expertise pour aider les auteur.trices à se positionner dans le secteur littéraire

Publié le  22.12.2023

Alok Nandi, leader innovant qui possède une vaste expérience dans les domaines de la conception d'expérience utilisateur, de la narration interactive et des nouvelles technologies, a abordé lors de son workshop pour la Belacadémie 2023 la question de comment se positionner dans le milieu littéraire et de transformer ses idées en projet. Il a généreusement répondu à nos questions et partagé son expérience avec les participant.es, en fournissant ainsi des outils essentiels pour les auteur.trices littéraires.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel dans le domaine littéraire et des expériences qui vous ont amené à animer des formations pour les auteurs et autrices littéraires ?

J’ai été happé par la "fabrique du livre” en concevant un ouvrage en hommage au cinéaste indien Satyajit Ray, en 1990-91. Cette photo-bio-graphie combinait des photographies de tournage avec des textes collectés pour les 70 ans du réalisateur, dessinateur, conteur pour enfants, … Y avaient notamment contribué Kurosawa, Antonioni, Scorsese, Menuhin, Rostropovitch, Rushdie, Riboud, Depardon, Arthur C. Clarke… avec une préface de Henri Cartier-Bresson (https://www.nandi.mobi/narrative/satyajit-ray/satyajit-ray-at-70/). Cet ouvrage a été lancé avec une exposition sur Ray au Festival de Cannes, en 1991. Et donc, une articulation entre édition et exposition m’incitait à réfléchir à la manière de raconter des histoires sur papier et dans l’espace, comment faire interagir ces approches et veiller à ce que les deux activités (lire et visiter) permettent de capter l’univers de Satyajit Ray. En 1994, je découvre le web et propose en 1995 à Schuiten et Peeters une mise en scène web des Cités Obscures ; cela nous donnera l’occasion de collaborer de 1995 à 2003 sur urbicande.be, avec le soutien des éditions Casterman. Depuis, mes activités se sont centrées sur la création interactive, avec un passage par le film documentaire. Les textes, les essais et les livres qui m’ont occupé ensuite explorent des questions liées à la conception, au design, à la narration. En parallèle, j’ai gardé du temps pour donner des cours dans des écoles de design, de communication, d’architecture, et aujourd’hui dans les mondes de la gastronomie et de l’hôtellerie à l’Institut Paul Bocuse à Lyon. Mes interventions sont centrées sur la narration, la création de dispositifs interactifs et d’espaces immersifs. Cela m’a mené à animer des formations avec des entrepreneurs, des photographes, des chefs, … et aujourd’hui avec des autrices et auteurs, à Bela/Belacadémie.

Quels sont les outils essentiels à développer pour les auteurs et autrices littéraires pour réussir à se positionner dans un écosystème éditorial ? Comment gérer les tensions entre l'idée d'un projet et la réalité du marché littéraire ?

L’évolution de la sphère techno-sociale impacte fortement les modalités d’interactions avec les parties prenantes (éditeurs, libraires, critiques, média) et avec les publics, dans un monde en mutation (accélérée par le covid et d’autres événements). Les mondes de l’édition révèlent *toutefois* un paradoxe : ils vivent dans une temporalité qui leur est propre avec leurs rituels et leurs cercles privilégiés (temporalité lente) ; et le numérique bouscule certaines parties de la chaîne du livre, en amont dans la création et en aval dans la réception (hyper-temporalités). Les autrices et auteurs doivent donc naviguer entre le décodage de certains rites (présence dans des salons ou festivals pour rencontrer les personnes incontournables) et la maîtrise des outils numériques pour optimiser leurs processus de création et leurs modalités de travail, ainsi que leur réputation en ligne (et/ou marketing, avec la collaboration ou non de la maison d’édition). Choisir des outils de recherche documentaire sur les thématiques est aujourd’hui un travail de fond. En contrepoint, se doter d’une approche de veille peut aider à garder l’œil sur les changements sur son terrain de jeu thématique, sur les questions que l’autrice/auteur essaie de déplier.

En quoi le mécanisme de questionnement est-il essentiel pour avancer dans son projet ?

Toute personne active dans la création est d’emblée dans un mode de questionnement implicite, sur la démarche, sur la pertinence de son projet. Mais, la personne est seule et donc un retour d’autrui, un feedback permet de “tester” ses idées et surtout ses approches sur la mise en forme de ses idées. Par exemple, un atelier d’écriture ou une formation rend ce processus explicite et devrait permettre de minimiser les angles morts, de voir ce que l’on ne verrait pas seul, car on prend du recul, on fait un pas de côté, on se met dans les chaussures d’une autre partie prenante. Cette mécanique de critique sociale et collaborative, idéalement bienveillante, permet de structurer la phase de création avec de multiples regards, rendant le processus et l’objet plus robuste. Le mécanisme de questionnement se structure selon la personnalité et les zones d’intérêt. Il n’y a pas de recette.

Qu’est-ce qui est ressorti de cette journée de formation ? Qu’est-ce qui vous a enrichi dans cette journée ?

C’est toujours un moment fascinant : découvrir tous ces parcours divers. Se mettre en écoute active afin de trouver le bon tempo des dialogues est enrichissant et j’essaie de mettre en place un espace où les participants ont l’occasion de s’exprimer et de voir leurs hypothèses de travail clarifiées et leur feuille de route de création se cristalliser. Les passions se sont déchaînées de plusieurs manières, ce qui montre que cette journée a fait avancer certains questionnements.

De quelle manière pensez-vous que votre workshop a aidé les auteurs et autrices à se positionner dans le secteur littéraire ?

L’écosystème est en évolution constante et les conseils sont souvent peu appropriés, vu la diversité des parcours, des approches, des sensibilités. Le workshop ici a souhaité montrer que l’on doit se coller au projet, au plus près du “projet” et ensuite se “projeter” sur les espaces des possibles, décortiquer les hypothèses et les biais, déplier les contextes de création, de médiation et de réception. A force d’itérations, on arrive à se concentrer sur les fils qui nous travaillent et que l’on travaille : les fils narratifs entrent en résonance avec les fils thématiques ou visuels et ainsi tressent une réalité à partager. A chacune ou chacun de trouver son originalité, sa musicalité - pour se positionner, prendre position, être force de proposition.

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