D’Ukraine et du monde entier : artistes réfugiés, culture solidaire

Publié le  22.04.2022

La guerre qui frappe l’Ukraine depuis le 24 février 2022 a choqué toute la planète. Sur place, aucune protection possible pour la culture. Les frappes russes touchent les civils, les bâtiments officiels et les lieux culturels, sans discontinuer. Aucun édifice n’est épargné. C’est l’ensemble des musées, théâtres, lieux culturels ukrainiens qui sont menacés. Des milliers d’œuvres d’art seront probablement détruites et des lieux emblématiques seront rasés de la carte. Alors, la culture tente de fuir. Les artistes, au milieu des centaines de milliers d’exilés, prennent la route vers l’Europe. Vers une sécurité, vers un exil forcé, pour que leur culture et leur art ne meurent pas.

Comment s’organise l’accueil en Belgique des artistes réfugiés ukrainiens ? Cet élan de solidarité est-il né avec la guerre en Ukraine ? La journaliste Maïté Warland a fait un tour d’horizon, pour Bela, des initiatives solidaires belges à l’attention des artistes venus d’Ukraine ou d’ailleurs.

dessin bleu et jaune oiseau qui butine une fleur
© visuel de Music Chain for Ukraine

Solidarité du monde culturel belge

Depuis la fin février 2022, de nombreux lieux affichent en Belgique des communiqués de soutien, des drapeaux ukrainiens sont installés en façade, de nombreux événements pour récolter des fonds sont organisés.

Dès le 28 février, la Fédération des employeurs des arts de la scène publie un texte de soutien et appelle à la signature d’une pétition pour que les gouvernements européens et mondiaux apportent des fonds pour aider les artistes ukrainiens. Sur leur site, on peut ainsi lire : « Les membres de la FEAS se mobilisent pour organiser des actions symboliques et se tiennent prêts, face à l’urgence et aux dangers encourus par des artistes contraints de fuir la guerre ou l’oppression, à les accueillir dans leurs lieux afin de préserver la libre expression de la culture et de défendre l’exercice des droits culturels fondamentaux. »

Les festivals de Wallonie lancent Music Chain for Ukraine, une structure d’aide pour les musiciens ukrainiens réfugiés en Belgique proposée par des acteurs professionnels du secteur musical belge. Plusieurs concerts ont ainsi été organisés à Mons, Louvain-la-Neuve ou Bruxelles.

Le message est donné : les artistes ukrainiens sont les bienvenus en Belgique.

carré noir avec inscriptions sur dessin d'oiseaux qui virvoltent
© affiche du festival Tempo Color 2022

Ukraine, Syrie, Afghanistan, etc.

Ce n’est toutefois pas la première fois que le monde culturel se montre solidaire lorsqu’un événement dramatique arrive. Afghanistan, Syrie, Yémen : un rapide tour sur les réseaux sociaux et les sites internet des lieux culturels suffit pour se rendre compte que des dizaines de projets ou de collaborations sont en cours. Tous ou presque sont nés lors de ce que les autorités ont appelé « la crise migratoire de 2015 ». À cette époque, le parc Maximilien est rempli, la plateforme d’hébergement citoyenne voit le jour, les citoyens s’organisent. Et parmi ces citoyens, évidemment, beaucoup d’artistes et de personnes issues du monde culturel. 

Le collectif citoyen 2euros50, mis en place en 2020 par deux acteurs bruxellois propose aux citoyens de verser 2, 50 euros par mois pour les aider à cuisiner des repas pour les personnes en grande précarité, dont de nombreux réfugiés.

À Liège, Tempo Color festival propose une programmation mettant en avant des projets portés par ou avec des personnes migrantes. En 2018, le message porté par le festival était la nécessité de construire, à chaque niveau de pouvoir, une politique solidaire et respectueuse des droits des personnes migrantes.

À Bruxelles, Art for All de l’association Globaroma a pour objectif de faire découvrir l’offre artistique bruxelloise aux personnes primo-arrivantes. Chaque mois, l’association propose de découvrir plusieurs galeries d’art ou musées et des festivals bruxellois, dans toutes les disciplines artistiques (musique, théâtre, arts visuels, etc.). Les personnes intéressées peuvent alors s’inscrire aux activités gratuites, ces activités sont aussi prises en charge par des artistes réfugiés.

logo United Stages en noir et blanc
© logo United Stages

N'oublions pas non plus le très intéressant MMM (MigratieMuseumMigration) qui propose de découvrir l’histoire des migrations à Bruxelles. L’objectif du musée est de rendre hommage à tous ceux qui ont construit ou qui construisent encore Bruxelles en découvrant leur parcours de migration, des travailleurs turques venus dans les mines à des expositions réalisées par des réfugiés.

Toutes ces actions ont un point commun : l’accueil des réfugiés (artistes ou non) et la visibilisation des cultures en danger.

Au 140 de Bruxelles, c’est le projet United Stages qui est porté depuis 2017 : « United Stages c’est un réseau d’une cinquantaine d’institutions culturelles qui œuvrent vers plus de justice sociale et migratoire », explique Arshia Azmat, coordinatrice du projet. « On travaille en 3 niveaux :  on récolte des dons, on sensibilise et on créée des événements collaboratifs. L’idée c’est de donner l’opportunité à des personnes en exil et/ou très précarisées de s’intégrer dans un projet culturel dans de bonnes conditions. » Concrètement, les membres du réseau United Stages proposent aux associations actives sur la question de la précarité de prêter leur scène, le temps d’un spectacle ou d’un projet. « Nous donnons l’opportunité à ces personnes d’avoir le confort de nos outils », ajoute Astrid Van Impe, directrice du 140. « Ils et elles viennent dans nos salles et ils ont un régisseur son, une scène, des micros de qualité. »

Le 140 est aussi mobilisé sur la question ukrainienne : « Nous avons repris contact avec des artistes ukrainiennes qui étaient venues jouer au 140 il y a quelques temps », explique Astrid Van Impe. « Elles sont aujourd’hui réfugiées en France et nous leur avons dit qu’elles étaient les bienvenues pour jouer chez nous. »

coeur fait avec des mains de toutes les couleurs
© photo "Cœur de mains diverses" par wildpixel - iStock

La culture, pour mieux « vivre ensemble » ?

Au-delà des conflits et des exils, au-delà du politique et des crises, la culture aurait-elle une responsabilité dans l’aide aux exilés et la survie de leur(s) culture(s) ?  C’est en tout cas ce que pense le Conseil européen. Dans le cadre du programme de travail culture 2015-2018, un groupe de travail de « promotion de la diversité culturelle » s’est constitué. Ce groupe de travail, qui concerne tous les états membres de l’UE, prévoyait comme priorité : « augmenter la participation des réfugiés à la vie culturelle et à la société, ainsi que promouvoir le dialogue interculturel et la diversité culturelle ».

Problème : ce groupe de travail européen n’ayant pas donné de véritables obligations d'agir aux États membres, l’application est donc « au bon vouloir » des politiques culturelles mises en place. Le constat pour la Belgique est le suivant : peu de moyens sont mis à disposition des opérateurs culturels qui veulent porter ce genre de projets. Un constat d’autant plus interpelant que la situation de « crise migratoire » ne risque pas de s’améliorer dans les prochaines années et que le Covid a fortement affaibli un secteur qui peinait déjà à tenir bon.

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