Maman, j’ai raté mon confinement : billet de Thomas Ancora

Publié le  24.04.2020

Au lendemain de l'annonce du confinement rendu nécessaire pour endiguer la première vague de Coronavirus, Bela a relancé plus rapidement que prévu le Belazine après de longs mois de pause. L'urgence ? Soutenir les auteurs et les autrices en recueillant leurs témoignages et en leur commandant des textes rémunérés sur leur rôle dans le climat de crise actuelle et leur quotidien à réinventer. Une façon de réaffirmer que la création est plus que jamais vitale pour notre société et une opportunité de réfléchir à ses pratiques à faire évoluer (ou non).

Victime de l’annulation de la sortie en salle de son film Losers Revolution, le comédien, réalisateur et scénariste Thomas Ancora partage son expérience vécue pendant le confinement. 

photo de personnes assises et debout
© photo d'une partie du casting de Losers Revolution

« Ça va ? Il faut rester PO-SI-TIF. » Partant du constat qu’on est tous le pauvre ou le riche de quelqu’un. Je me suis senti très pauvre, à côté de beaucoup de monde, au début du confinement. Six ans de travail pour un film (Losers Revolution) qui restera trois jours en salle, c’est dur. Surtout quand vous devez gérer seul la déception, la frustration, la rage que ça peut vous inspirer.

« Ça va aller, on en a vu d’autres. » Mais à l’intérieur, je bouillais. J’avais envie de crier, d’insulter. Je n’en pouvais plus d’entendre les gens me parler de « la deuxième vie de mon film », que « tu sais, c’est pire pour les spectacles vivants ». Je m’en foutais. Puis j’avais honte. Puis plus. Puis j’avais honte de ne pas avoir honte avant de réaliser qu’avoir honte de ne pas avoir honte était au final bien pire.

En plus, « chanceux » j’avais un autre film à écrire ! Top ! Super ! « Ça sentait le scénario prêt pour la fin du confinement ! » Évidemment… que non. Je passais trop de temps à chialer et/ou à me demander ce que j’avais pu faire pour mériter ça.

Et puis, j’en ai eu marre. De mon état mais aussi de mentir. On m’a demandé comment j’allais et j’ai répondu « pas bien ». Car je n’allais pas bien. C’était normal, logique, sain.

Évidemment, il y a pire mais ce que je vivais (dans mon monde, à mon niveau) m’avait dévasté. Personne ne devrait avoir honte de se sentir mal parce que « c’est pire pour d’autres ». C’est à partir de là que j’ai commencé à aller mieux. J’étais en accord avec moi, avec ma peine et l’accepter était surtout commencer à la laisser partir. Je. N’allais. Pas bien. Et c’était cool. Je n’avais pas à me précipiter pour écrire un autre film, à faire du sport, à m’occuper désespérément, à porter des jeans pour « rester positif ». On vit tous ce moment à notre façon ; avec notre histoire, notre tolérance aux coups durs. J’avais atteint la mienne.

Il n’y a pas de recette miracle, chacun doit le vivre à sa manière sans se rajouter une pression supplémentaire parce que « c’est comme ça qu’il faut faire ».

« Ça va un peu mieux » est devenu « ça va mieux » et j’ai petit à petit recommencé à écrire. À mon rythme. Je ne sortirai pas de ce confinement avec un scénario terminé, des abdos saillants, des recettes bio que j’aurais testées mais plutôt avec un traitement pas tout à fait terminé, quelques kilos de trop et des nouvelles recettes de sandwichs au fromage. Et ça me va très bien comme ça.

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